Nos collectivités au cœur de la mise en œuvre réussie d'une stratégie de la croissance durable et intelligente
Je suis récemment intervenu à la réunion extraordinaire du groupe PSE (parti socialiste européen) du Comité des régions, qui s'est tenue à Malmö, en Suède, à l'invitation de M. Ilmar REEPALU, maire de Malmö.
La ville de Malmö a de nombreuses similitudes avec Dunkerque : elle a subi de graves restructurations économiques, notamment avec la fermeture de ses chantiers navals, opéré une transition économique et sociale, fait de la rénovation urbaine et de la réappropriation de ses friches une priorité.
Le thème de cette réunion portait sur la croissance « verte » intelligente en tant que seule façon durable de sortir des graves crises économique, sociale et environnementale auxquelles l'Union européenne et le monde doivent actuellement faire face. Sujet d’autant plus important, qu’il rythmera la 6° Conférence européenne des villes durables que nous accueillerons du 19 au 21 prochain. Une étude du "Climate group" estime à 10 millions les emplois générés par cette nouvelle croissance d’ici 2020, l’enjeu est donc de taille !
J’ai insisté sur deux points qui m’ont marqué lors des "Open Days" d’octobre dernier, le plus grand rassemblement européen de collectivités locales : Dans le débat sur la croissance verte nous n'ayons pas comme seul référent la compétitivité industrielle, il faut insister sur le changement des mentalités, sur l'importance de mettre l'Homme au cœur d'un recentrage de notre approche économique, comme l’a très justement souligné Claudio Martini, le Président de la Régions de Toscane. Ou Jeremy Rifkin, conseiller de la Commission Européenne et président de la table-ronde des entrepreneurs sur la 3e révolution industrielle, qui affirme dans une interview récente: "Nous devons changer la conscience humaine qui doit passer de la dimension de la géopolitique à celle de la biosphère (…) et nous avons besoin d'une nouvelle base philosophique". L'actuelle base philosophique est en effet celle héritée du Siècle des Lumières et de la transition entre l'époque médiévale et l'industrialisation. Or aujourd'hui "les modèles de communication et d'énergie changent en même temps et créent un effet catalyseur pour la formation d'une nouvelle conscience. Le monde est un lieu interconnecté par la communication et l'énergie mais peuplé de civilisations divisées. Ce que nous avons en commun, c'est la biosphère."
La deuxième intervention des Open Days qui m'a fortement marquée était celle d'un représentant de Masdar, la première ville au monde à être construite pour une ville « sans émissions de carbone et sans déchets ». Située à proximité d'Abu Dhabi dans les Émirats arabes unis. Elle est en construction depuis février 2008 et pourrait accueillir jusqu’à 50 000 habitants et 1 500 entreprises en 2016 sur une superficie de 6,5 km2 dans le désert. Tout cela pour un coût de 15 milliards de dollars…
Cet exemple de Masdar illustre à mon sens deux choses. Primo, si j’en crois cette illustration le principal critère actuel pour la durabilité serait l'argent, un luxe que toutes les villes ne peuvent pas se permettre. Et deuxièmement, pour la majorité des villes en Europe, l'enjeu est moins de faire du neuf que d'assurer les conversions des structures urbaines industrielles existantes.
A Dunkerque nous parions sur la « ville intense », sur la reconstruction de la ville sur elle-même afin d’éviter l’étalement urbain, source de coût énergétique important. Cette réorientation politique qui a commencé au début des années 90 nous a valu le prix européen de la ville durable en 1996.
Bref, il faut penser le facteur temps. Rome ne s'est pas construite en un jour, Malmö ou Dunkerque ne sont pas reconstruites en un jour et pour Copenhague il faudra un résultat qui s’inscrive dans nos réalités à moyen et long et terme.
Car le Sommet de Copenhague du 7 au 18 décembre prochains pourra adopter les meilleures déclarations, les meilleurs engagements et nous l'espérons tous. Mais ces déclarations et engagements ne seront rien si ils ne sont pas portés par une approche à multi-niveaux. Les élus territoriaux doivent pouvoir mobiliser leurs cités et leurs concitoyens pour le développement de stratégies locales articulées autour de projets relatifs au logement, aux transports, à l'étalement urbain. Les pourcentages retenus en termes d’objectifs à Copenhague ne vaudront rien si nous ne pensons pas leur traduction citoyenne et territoriale.
La troisième préoccupation que j’ai exprimée lors de cette réunion portait sur le faible impact que semblent avoir sur les préparations du Sommet de Copenhague les initiatives de tout ordre prises par le monde des collectivités territoriales pour obtenir une reconnaissance du rôle du niveau sub-national des territoires dans le texte de négociation. Or ce rôle n'est actuellement pas reconnu ou presque exclusivement dans la partie consacrée à l'adaptation et n'apparaît pas dans les parties sur la vision commune à long terme ou encore sur les mesures de réduction des gaz à effet de serre. Par ailleurs, je vois pour ma part des indices qui laisse penser qu’une « gouvernementalisation" du débat se prépare ; elle porterait en elle le risque d'arrangements en coulisses et au rabais. Cela ne peut être dans l'intérêt d'aucun des acteurs de l'intégration européenne.
De plus, la déclinaison en politiques et financements communautaires d'une nouvelle approche de l'Union Européenne en matière de développement durable ne me semble pas avoir encore progressé suffisamment alors qu'il y a urgence à l'action politique. Se pose clairement la question de savoir si l'Union Européenne dispose des outils pertinents pour accompagner en amont cette conversion "durable".
Pourquoi ne pas envisager la création d'un fonds européen d'adaptation à l'environnement1 au même titre que la Commission a lancé en 2007 un Fonds d'ajustement à la mondialisation, destiné celui-ci à prendre en compte l'impact du commerce international sur l'emploi en Europe en aidant les victimes des délocalisations? Le but de ce Fonds d'adaptation à l'environnement serait d'aider à financer des projets locaux visant à permettre une adaptation des différents secteurs d'activité aux actuelles et futures contraintes environnementales, en réunissant au sein de ce fonds certains dispositifs européens sectoriels ou transversaux déjà existants, pour en limiter la dispersion et en augmenter la lisibilité.
Il faudrait également ne pas perdre de vue à quel point les enjeux sociaux et environnementaux sont interconnectés. Le récent débat en France sur l'introduction de la taxe carbone a ainsi posé la question de l'acceptabilité sociale de la lutte contre le changement climatique qui peut être considéré comme un nouveau risque social affectant diversement les régions et les groupes sociaux et qui jusqu'à présent n'avait été abordé que de manière marginale. Au niveau européen, cela veut par exemple dire concrètement qu'il faudra apporter des réponses à la question de la "pauvreté énergétique" qui concernerait entre 50 et 125 millions d'habitants. Or, le terme de « pauvreté énergétique » n'a même pas encore été défini au niveau européen.
En revenant de Malmö, j’ai signé l’ « Ultimatum climatique » (Pour accéder à la page internet concernée) initiative prise par dix ONG en vue du Sommet de Copenhague et qui exhorte le président de la République et le gouvernement à travailler à un accord à la hauteur des défis que nous devons relever. Je vous invite à signer cet appel.
lundi 16 novembre 2009, à 11:24
Regard sur l'Europe
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Commentaires
1. Le mardi 17 novembre 2009 à 17:17, par candide
Réponse de Michel Delebarre le mardi 17 novembre 2009 à 19:23
2. Le mercredi 18 novembre 2009 à 18:17, par candide
Réponse de Michel Delebarre le jeudi 19 novembre 2009 à 21:04
3. Le vendredi 20 novembre 2009 à 11:29, par camille
4. Le mardi 15 décembre 2009 à 21:52, par louisiv
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