Sur les personnalités retenues pour ces hautes fonctions européennes je ne pourrai pas vraiment ajouter de touche personnelle à ce qu'écrivent les commentateurs. Je bourlingue depuis pas mal de temps à l'Europe mais je n'ai pas encore eu l'occasion de faire plus ample connaissance ni avec l'actuel Premier Ministre belge, ni avec l'actuelle Commissaire au Commerce extérieur. Parmi les autres candidats en lice pour la fonction de Président du Conseil Européen c'est Jean-Claude Juncker, le premier ministre luxembourgeois, fervent Européen et brillant cerveau, que je connais le mieux et qui était certainement mon choix de cœur. L'ancienne Présidente lettone Vike-Freiberga avait aussi ma sympathie pour avoir ouvertement lancé sa candidature, parler couramment cinq langues, être très active au sein du Groupe des Sages sur l'avenir de l'Europe présidé par Felipe Gonzales, être une femme et venir d'un nouvel Etat-membre. Mes choix de cœur n'ont donc pas été retenus mais la raison me dit de nuancer ma déception. Même si je me dis que ces deux impétrants ne feront pas beaucoup d'ombre aux chefs d'Etat (Sarkozy, Merkel...), qui ont promu (peut-être à cet effet), leurs candidatures...

Il ne s'agissait en effet pas de faire le choix du "bling-bling" et de celui ou de celle qui serait le mieux à même de regarder Barack Obama droit dans les yeux. On ne rappellera d'ailleurs pas assez qu'Herman van Rompuy n'a pas été désigné "Président de l'Union Européenne" mais "Président du Conseil Européen", c'est-à-dire un peu l'animateur et le modérateur des chefs d'Etat et de gouvernement réunis en Conseil Européen. Il n'a pas de pouvoirs législatifs ou exécutifs. Comme le disait Jacques Delors dans une contribution pour le magazine Challenges du 15 octobre dernier: ce Président doit se comporter "comme un chairman, c'est-à-dire qu'il s'efforce d'améliorer le processus de décision de l'Union en imposant des priorités au Conseil européen et des options claires à trancher, au besoin par vote, puis en s'assurant de leur correcte et loyale mise en œuvre. En revanche, s’il s'agit d'une sorte d'executive président, je crains que naissent des tensions d'une part entre ce président et les chefs d'État et de gouvernement et, d'autre part, avec la Commission, qui est une pièce centrale de la méthode dite « communautaire »."1"

C'est également une raison pour laquelle une personnalité écrasante n'aurait pas fait sens comme Président du Conseil Européen. Par contre, en tant que Premier Ministre belge, M. Van Rompuy a certainement fait preuve d'un talent de fin négociateur et de cela il en faudra dans les années à venir face aux négociations qui attendent l'Union Européenne: Sommet de Copenhague, nouveau budget communautaire etc.. Or, bonne nouvelle, dans la tradition des fédéralistes belges tendance Jean-Luc Dehaene, M. Van Rompuy semble aussi être un Européen convaincu. Et puis, même s'il est chrétien-démocrate, n'ayez trop crainte: quand on est grand amateur et auteurs de haïkus japonais comme il l'est (Pour voir ce qu'est un haïku), on ne peut pas être bien méchant! En fait, ce qui à présent m'inquiète un peu plus que le Conseil Européen est la question de savoir si après le départ d'Herman nos voisins sont repartis pour un tour de crise institutionnelle.

"1": Texte reproduit ici